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Le SEO est mort ? Laissez-moi rire

8 min

Le SEO est mort, search booster

Ça fait des semaines que je regarde ce débat tourner en boucle sur LinkedIn, la plateforme sacrée où tout le monde va faire sa veille SEO comme on va à la messe. On y assiste en permanence à la même table ronde : d’un côté l’élite, ceux que je ne citerai pas mais que tout le monde reconnaîtra, de l’autre tous les autres.

Moi, et peut-être toi qui me lis, qui n’as jamais posté la moindre ligne mais qui suis cette actualité à la trace depuis huit ans dans ton coin.

Je m’autorise cette parenthèse parce que ça fait cinq ans que j’observe la tournure que prennent les choses. On nous ressert le même plat depuis des années : le SEO va mourir. Les plus anciens du métier vous diront que le refrain ne date pas d’hier, l’oracle a prédit cette mort un paquet de fois déjà. Sauf que les mieux installés en haut de la pyramide ont fini par changer de couplet. Ce n’est plus le SEO qui meurt, c’est le mauvais référenceur. Pratique.

Le vrai chiffre, c’est le rythme

Regardons ce que Google a réellement déployé depuis janvier, en s’en tenant aux mises à jour confirmées sur le Search Status Dashboard.

 

Période Mise à jour Durée
Février Update Discover (une première : un core update annoncé comme exclusif à Discover) 22 jours, fin le 27 février
24 au 25 mars Spam update Moins de 20 heures, la plus rapide jamais enregistrée
27 mars au 8 avril Core update 12 jours et 4 heures
21 mai au 2 juin Core update 12 jours
24 au 26 juin Spam update 2 jours et 1 heure
18 au 21 août Spam update 2 jours et 16 heures

 

Six déploiements confirmés en huit mois. Et le détail qui devrait faire tiquer tout le monde, c’est l’écart entre les deux core updates : 43 jours entre la fin de celle de mars et le lancement de celle de mai. Historiquement, on tournait plutôt autour de trois à quatre mois de battement. Le temps de digérer une update, la suivante arrivait déjà.

Je précise un point pour rester honnête, parce que c’est exactement ce que je reproche aux discours d’estrade : l’été a été calme côté core update. Depuis le 2 juin, plus rien de confirmé sur ce terrain, et au 1er septembre Google n’avait toujours rien annoncé. Le rythme n’est donc pas linéairement croissant. Il est irrégulier, ce qui est en réalité plus difficile à gérer qu’un rythme soutenu mais prévisible.

Alors qu’on m’explique en quoi tout ça fragilise le métier. Pour moi c’est l’inverse exact, ça le légitime. On en est à un point où même les gens qui vivent dessus à plein temps mettent trois semaines à trancher entre un effet d’update et un bug de reporting. Le commerçant ou l’indépendant qui doit gérer ça entre midi et deux, comment il fait ? Comment il suit une masse d’informations qui se recompose toutes les semaines ?

Mon avis, très personnel : le métier de référenceur n’est pas près de disparaître tant que Google continuera de rendre les choses aussi tordues. Plus c’est complexe, plus les gens ont besoin d’aide. Et vers qui ils se tournent, à votre avis ?

L’IA ne remplace pas le métier, elle en rajoute une couche

Qu’on ne vienne pas me sortir l’argument de l’intelligence artificielle qui va tout balayer. Ça va amuser la galerie un temps, comme d’habitude, puis les gens comprendront que pondre des articles et poser des liens un peu partout, ce n’est pas ça, le métier. C’est la partie visible depuis l’extérieur. Le sommet de l’iceberg, pas le boulot.

Le secteur compose déjà avec une couche supplémentaire, le fameux GEO, cette course pour apparaître dans les réponses générées par l’IA. Et là, il faut arrêter avec l’idée que bien se positionner suffit à être cité. Les données disent le contraire, assez brutalement.

  • Ahrefs a interrogé 15 000 requêtes de longue traîne puis posé les mêmes questions à des assistants IA. Résultat : seulement 12 % des URL citées figurent dans le top 10 de Google pour la requête d’origine.
  • Sur les AI Overviews, la même étude notait en juillet 2025 que 76 % des pages citées venaient du top 10. Une étude plus large de mars 2026, portant sur 863 000 mots-clés et 4 millions d’URL, ramène ce chiffre autour de 38 %. Ahrefs précise lui-même qu’une partie de cette baisse tient à une amélioration de sa méthode de mesure, donc la tendance est solide, l’ampleur exacte moins.
  • Une analyse de Profound sur 340 millions de prompts estime que 61,7 % des citations d’assistants IA pointent vers des URL absentes du top 100.

Ce sont des études d’éditeurs d’outils, avec l’intérêt commercial que ça suppose, et il faut les lire comme telles. Mais elles convergent toutes vers la même conclusion : le classement et la citation sont deux systèmes différents. Ce qui veut dire, très concrètement, que le GEO ne remplace strictement rien du travail de fond. Il s’ajoute à la pile. Un levier de plus à maîtriser, à mesurer, à arbitrer. C’est l’inverse d’une simplification du métier.

Le vrai problème n’est pas la mort du SEO, c’est la porte d’entrée

J’en viens à ce qui me chiffonne le plus. Le SEO est un cercle fermé, et il l’a probablement toujours été. Tout en haut trônent les pionniers, en dessous tout le monde se débrouille. Ceux qui sont au sommet n’ont aucune raison d’ouvrir grand les portes de leur savoir : c’est leur fonds de commerce, pas une œuvre caritative. Le reste rame avec les moyens du bord.

Là où l’intuition se vérifie noir sur blanc, c’est du côté de la formation officielle. J’ai regardé ce qui existe réellement au Répertoire Spécifique de France Compétences.

Il y a bien une certification récente qui couvre les deux disciplines, la RS7500, enregistrée le 28 janvier 2026, intitulée « Améliorer la visibilité d’un site internet par le référencement naturel (SEO) et par l’optimisation pour les IA génératives (GEO) ». Bonne nouvelle sur le papier. Sauf qu’il faut lire le public visé : dirigeants de TPE/PME et collaborateurs en charge de la communication ou du marketing, avec pour objectif de leur permettre d’améliorer leur visibilité par eux-mêmes, sans budget dédié. Même logique pour la RS5938, l’autre référence du secteur, explicitement pensée pour les TPE/PME.

Le constat est là : les certifications officielles ne forment pas des référenceurs, elles apprennent à des chefs d’entreprise à se débrouiller sans référenceur. Ce sont deux projets pédagogiques totalement différents. Et il n’existe toujours pas, à ma connaissance, de titre RNCP dédié au métier, avec le niveau de reconnaissance qui va avec. Les certifications RS, par construction, ne délivrent aucune équivalence de niveau scolaire.

Ajoutez à ça le contexte de financement. Depuis février 2026, le montant mobilisable via le CPF est plafonné à 1 500 euros pour les certifications du Répertoire Spécifique. Autrement dit : les parcours les plus complets passent mécaniquement au-dessus du plafond et exigent un complément OPCO, employeur ou personnel. Ce plafond ne trie pas les bonnes formations des mauvaises, il trie les courtes des longues.

Alors oui, on voit fleurir des programmes chez toutes sortes d’organismes. J’en ai testé plusieurs. Pour certains, j’aurais franchement renommé le programme en « formation pour te vendre ce que je sais faire », parce que c’est exactement le ressenti en sortie. Ensuite viennent les confirmés, ceux qui sortent vraiment du lot, mais qui vous coûtent un rein pour deux heures de leur temps.

La question qu’on ne se pose pas

On parle beaucoup de la médiocrité de certaines agences et de certains freelances, parfois à raison. Mais on inverse la cause et l’effet.

Un métier sans parcours de formation reconnu, sans référentiel partagé, sans transmission organisée, produit mécaniquement une majorité d’autodidactes inégaux. Ce n’est pas un problème de moralité individuelle, c’est un problème de structure. Et tant qu’on se contentera de moquer ceux d’en bas depuis le haut de la pyramide, rien ne bougera.

La vraie question n’est donc pas de savoir si le SEO va mourir. Google fabrique de la complexité plus vite que le marché n’apprend à la gérer, ce qui garantit une demande pour longtemps. La vraie question, c’est : quand est-ce qu’on construit enfin une école sérieuse pour ceux qui veulent apprendre ce métier ?

Sinon, franchement, autant se taire.

 

FAQ

Le SEO est-il vraiment en train de mourir ? Rien ne l’indique dans les faits. Google a confirmé six mises à jour de classement en huit mois sur 2026, et les moteurs génératifs ajoutent une couche de complexité supplémentaire plutôt qu’ils ne suppriment le travail existant. Ce qui change, c’est la difficulté d’exercice, pas l’utilité du métier.

Le GEO remplace-t-il le SEO ? Non. Plusieurs études convergent pour montrer que les pages citées par les assistants IA se recoupent faiblement avec celles qui se classent dans le top 10 de Google. Ce sont deux systèmes distincts, donc deux chantiers à mener en parallèle.

Sources : Google Search Status Dashboard, France Compétences (RS7500, RS5938), Ahrefs, Profound, Search Engine Land, Search Engine Journal.

Olivier Maurin

5min

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